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TVA à 5,5 % : ce qui décide vraiment si votre panneau y a droit

20 septembre 202610 min de lecture
Module bifacial à cadre noir et dossier technique sur un établi
Illustration générée par IA : contrôle documentaire d’un module solaire, scène générique.

« Nos panneaux sont éligibles à la TVA à 5,5 % » : cette mention sur un devis doit pouvoir être justifiée pour le matériel livré et pour l’opération. Sur la liste officielle du 25 août 2026, 33 fabricants disposent d'un certificat carbone en cours de validité — et 11 seulement franchissent le seuil carbone requis pour le taux réduit. Voici comment la lire, et les trois pièges qui font basculer un dossier.

Et cela pourrait se resserrer encore : un projet d'arrêté signalé le 17 juillet 2026, examiné en procédure d'urgence par le Conseil supérieur de l'énergie, propose d'ajouter un critère de résistance à la grêle RG5, une exigence de qualification de l'installateur et un durcissement du calcul carbone. Nous y revenons plus bas.

Cet article traite du matériel. Pour les conditions qui portent sur le projet lui-même — puissance de 9 kWc, effet de seuil de la batterie, assiette du taux réduit — voyez notre guide TVA 5,5 % : conditions et pièges.

Quatre critères matériels et un gestionnaire d'énergie

L'arrêté du 8 septembre 2025, publié au Journal officiel le 9 septembre et applicable depuis le 1er octobre 2025, fixe à son article 1er des conditions cumulatives pour les installations de 9 kWc ou moins en logement :

  • bilan carbone du module inférieur à 530 kgCO₂ eq/kWc ;
  • argent inférieur à 14 mg/W ;
  • plomb inférieur à 0,1 % ;
  • cadmium inférieur à 0,01 % ;
  • et un système gestionnaire d'énergie collectant en temps réel production et consommation, et pilotant au moins deux usages électriques.

Le bilan carbone est souvent discriminant, mais les trois autres critères matériels doivent eux aussi être justifiés. Le BOFiP précise que le gestionnaire doit piloter au moins deux usages de façon continue et autonome ; une simple programmation horaire ne suffit pas.

Ce que permet de vérifier la liste Certisolis

Le bilan carbone doit être documenté. Il s'établit par une Évaluation Carbone Simplifiée (ECS) délivrée par Certisolis, laboratoire accrédité Cofrac, qui publie la liste des modules certifiés. C'est une source pour identifier les certificats ; le document correspondant au module et au lot livré reste indispensable.

Deux listes coexistent et on les confond souvent : l'ancienne méthode PPE2 raisonne en seuils de 550 et 450 kgCO₂/kWc ; c'est la PPE2_V2 qui porte le seuil de 530 de l'arrêté TVA. Une mention « PPE2 » isolée ne suffit pas : il faut vérifier la méthode et les critères couverts par les justificatifs fiscaux.

Ce que dit la liste au 25 août 2026

Nous avons dépouillé le tableau officiel. Sur 33 fabricants disposant d'une ECS valable ce jour-là, 11 ont au moins un module sous 530 kgCO₂/kWc : Aiko, Bisol, CSI, DualSun, Heliup, JA Solar, Jinko, Jolywood, Solvis, Sonnenkraft et Voltec.

Les 22 autres — parmi lesquels des marques très répandues sur le marché français comme DMEGC, Longi, Trina, Qcells, SunPower, Risen ou Tongwei — ont bien un certificat valable, mais à des seuils de 630 ou 740 kgCO₂/kWc, qui servent aux appels d'offres et aux tarifs d'achat, pas à la TVA résidentielle.

C'est le premier piège : un module « certifié Certisolis » n'est pas nécessairement un module éligible à la TVA à 5,5 %. Il faut regarder la colonne du seuil, pas la présence dans la liste.

Le seuil carbone ne suffit pas à prouver l'éligibilité TVA

Le même classeur contient un onglet « ATTESTATIONS TVA5,5% » : il recense 13 attestations pour 7 fabricants au 25 août 2026 (Voltec, Jinko, Aiko, Bisol, Sonnenkraft, DualSun et Jolywood). Ce n'est pas la même liste que les 11 fabricants franchissant le seuil carbone. L'absence d'une attestation dans cet onglet ne suffit pas à conclure à une inéligibilité, mais une ECS seule ne prouve pas les quatre critères matériels. Demandez les justificatifs complets de la référence et du lot.

Piège n° 2 : le même modèle peut être éligible… ou pas, selon sa puissance

Le bilan carbone s'exprime par kWc. Pour une même dalle physique, plus la puissance est élevée, meilleur est le ratio — le dénominateur grandit à empreinte constante. Conséquence : une gamme peut franchir le seuil dans sa version haute et le manquer dans sa version basse.

L'exemple est dans la liste officielle, sur un fabricant français :

ModulePuissance< 740< 630< 530
Voltec Tarka 110 VSMP/VSBP435 WcOUIOUINON
Voltec Tarka 110 VSMP/VSBP460 WcOUIOUIOUI

Dans le certificat PPE2_V2 n°005-2025_007, deux puissances de la même gamme donnent deux résultats différents. D'autres certificats existent pour des références proches : le nom commercial seul ne suffit pas. Un devis qui mentionne la marque et le modèle sans la puissance exacte du module ne permet pas de vérifier l'éligibilité. Exigez le Wc.

Piège n° 3 : rattacher le certificat à la fabrication du lot

Les certificats ont leur propre période de validité : il n'existe pas de règle générale « moins de douze mois ». Certisolis précise que la date de fabrication des modules doit être couverte par cette période. Une expiration avant la pose n'invalide donc pas automatiquement un lot fabriqué pendant la période couverte. Il faut vérifier les numéros de série, le code ECS et l'absence de retrait ou de réserve concernant le lot.

Une révision peut corriger les dates ou la chaîne d'approvisionnement. Le certificat AZUR révisé 0A, par exemple, indique une validité du 26 mai 2026 au 26 mai 2027, différente des dates encore affichées dans le tableau récapitulatif. Privilégiez le justificatif à jour correspondant au lot.

Certificat définitif ou temporaire : une autre vérification

Le tableau distingue les ECS définitives des temporaires. Un document temporaire comporte encore des réserves, notamment sur l'approvisionnement des composants. Il faut obtenir les justificatifs définitifs du matériel livré, sans assimiler une promesse de certification à une preuve acquise.

Le bilan carbone ne garantit pas une origine européenne

Parmi les onze fabricants qui franchissent le seuil figurent notamment Jinko, Aiko, JA Solar et Jolywood. Le résultat dépend de la chaîne d'approvisionnement certifiée : la nationalité de la marque ou le pays d'assemblage ne suffisent pas à le prédire.

Un projet d'évolution des critères fiscaux

Un projet d'arrêté modifiant les critères de la TVA à 5,5 % existe. Signalé par Enerplan le 17 juillet 2026, il a été inscrit à l'ordre du jour du Conseil supérieur de l'énergie du 23 juillet 2026, en procédure d'urgence. Trois modifications y figurent :

  1. Un critère de résistance à la grêle de niveau RG5 pour les panneaux (annexe 2 du projet).
  2. Un encadrement de la qualification de l'installateur par renvoi à l'annexe 5 du S21 ; Enerplan précise que le principe de cette obligation a déjà été introduit par la loi de finances pour 2026.
  3. Une modification de la méthodologie de calcul de l'empreinte carbone, visant à mieux contrôler l'épaisseur du wafer.

Ces propositions portent sur la robustesse des panneaux, les qualifications professionnelles et la méthode de vérification carbone. Elles ne permettent pas de présumer qu'un fabricant a contourné les règles actuelles.

Un projet examiné au CSE ne vaut pas texte applicable. Les documents consultés pour cette relecture ne permettent pas d'établir l'entrée en vigueur de ces nouvelles dispositions. Avant de signer, faites vérifier le texte publié, sa date d'effet et les éventuelles mesures transitoires.

Les conditions du devis doivent être fondées sur les textes applicables à l'opération, et non sur l'anticipation d'un projet.

RG5, précisément

La classe RG5 caractérise la résistance à la grêle du répertoire AEAI suisse (AEAI-VKF), correspondant à des grêlons de 50 mm. Ce n'est pas un critère de bilan carbone ni d'origine : c'est un critère de robustesse, vérifié par essai d'impact.

La résistance à la grêle mérite d'être examinée indépendamment du taux de TVA. Demandez le rapport d'essai du modèle retenu et les conditions de garantie ; une classe d'essai ne garantit pas l'absence de dégâts dans tout orage.

Deux choses à retenir, donc, et il ne faut pas les confondre : RG5 ne suffit jamais, à lui seul, à ouvrir droit à la TVA réduite — mais le projet d'arrêté de juillet 2026 propose précisément de l'y introduire. Si le texte paraît en l'état, les fabricants qui ont déjà fait certifier leurs modules à ce niveau prendront une avance immédiate.

Ce que nous vous conseillons de vérifier avant de signer

  • La référence exacte ET la puissance en Wc du module, pas seulement la marque.
  • Les justificatifs complets des quatre critères matériels, dont le certificat carbone, sa révision, la période de fabrication couverte et la traçabilité du lot.
  • Une clause au devis prévoyant ce qui se passe si le module perd sa certification entre la signature et la pose.
  • Le système de gestion de l'énergie, qui est un critère à part entière et pilote au moins deux usages.

Chez Captain Solar, nous sommes indépendants de tout fabricant : nous choisissons le module en fonction du projet, pas d'un accord de distribution. Sur une installation résidentielle de 9 kWc ou moins, l'éligibilité TVA fait partie des critères de sélection, au même titre que le rendement et la garantie — parce que l'écart entre 20 % et 5,5 % représente 14,5 points sur le montant HT éligible, soit environ 12,1 % du prix TTC à 20 %, à prix HT identique.

À lire aussi : les aides photovoltaïques en 2026 et la grille tarifaire S21. Nos configurations éligibles : 3 kWc, 6 kWc et 9 kWc.

Sources : liste Certisolis du 25 août 2026, BOFiP, conditions fiscales et pilotage de deux usages, présentation du projet par Enerplan, classification RG5.

Questions fréquentes

Un certificat carbone suffit-il pour la TVA à 5,5 % ?

Non. Il faut aussi justifier les limites d'argent, de plomb et de cadmium, le système de gestion de l'énergie et les conditions fiscales de l'opération.

Combien de fabricants franchissent le seuil carbone ?

Dans la liste PPE2_V2 du 25 août 2026, 33 fabricants ont au moins une ECS indiquée valable et 11 ont une puissance certifiée sous 530 kgCO₂eq/kWc. Ce décompte ne constitue pas une liste exhaustive de panneaux éligibles à la TVA.

Un certificat expiré à la date de pose rend-il le panneau inéligible ?

Pas automatiquement. La période de validité doit couvrir la fabrication du module. Il faut relier le lot à son certificat et vérifier les éventuels retraits ou réserves ; la seule date de pose ne permet pas de conclure.

Pourquoi faut-il vérifier la puissance et le numéro du certificat ?

Une même gamme peut avoir plusieurs approvisionnements certifiés et des résultats différents selon la puissance. La marque et le nom commercial ne suffisent pas à identifier le lot bas carbone.

RG5 est-il une garantie fiscale ?

Non. RG5 correspond à une résistance à la grêle testée avec un diamètre de 50 mm. Le projet signalé par Enerplan propose ce critère, mais seul un texte publié et applicable peut modifier les exigences fiscales.

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